14 décembre 2009

Méditation sur l'Avent à partir du tympan de Vézelay

LA CRÈCHE DANS UNE MICHE DE PAIN

Comme la femme porte l’enfant à naître, l’humanité porte la Vie du Christ. Dieu en attend la naissance mais c’est au bon vouloir de l’humanité, son épouse enceinte de lui, en-sainte de sa vie. A cette fin il la porte lui-même sur ses épaules pour qu’elle ne se fatigue pas, ne trébuche pas, qu’elle ne fasse pas de fausse couche. Humanité porteuse, humanité portée !

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Le cantique spirituel de Jean de la Croix

Pas de plus beau langage que celui de l'amour...
Pas d'autre réalité que celle de l'amour. Tout le reste s'attache à cela : AIMER, pas de mots, mais pour de vrai !


Pour lire ce cantique en version originale avec sa traduction et ses commentaires, cliquez sur le titre de cet article !!!!

Le cantique spirituel

1 Où t’es-tu caché ami
tu m’as laissé pleurer
comme le cerf tu as fui
après m’avoir blessée
après toi j’ai crié
mais tu étais parti

2 Bergers quand vous irez
là-haut dans vos bergeries
oh si vous rencontrez
celui que je chéris
dites-lui que je languis
je peine je meurs pour lui

3 En cherchant mes amours
j’irai par les monts les rivages
je ne cueillerai pas de fleurs
je n’aurai pas peur des bêtes sauvages
je passerai les barrières
et toutes les frontières

4 Oh forêts et fourrés
plantés par la main de l’ami
oh verdures et prés
émaillés et fleuris
oh dites-moi surtout
s’il est passé parmi vous

5 Il a versé mille grâces
en traversant les bois
rien qu’en les regardant
de son visage à chaque fois
sur chaque feuille il a laissé
un habit de beauté

6 Ah qui me guérira
donne-toi enfin pour de vrai
et s’il te plait ne m’envoie pas
d’autres messagers désormais
ils ne savent pas me dire
les mots que je désire

7 Car tous ceux qui te cherchent
de toi mille grâces inventent
oh oui tous ils me blessent
ils me laissent mourante
d’un je ne sais quoi
qu’ils balbutient de toi

8 Oh ma vie qui vis sans vivre
comment peux-tu tenir
les flèches qui t’arrivent
devraient te faire mourir
de tous ces rêves qu’en toi
de l’amour que tu conçois

9 Pourquoi ne pas guérir
ce cœur puisque tu l’as meurtri
oh pourquoi le laisser souffrir
puisque tu l’as ravi
et pourquoi ne pas emporter
ce que tu as volé

10 Apaise mes chagrins
car personne ne peut les chasser
et que mes yeux te voient enfin
car tu es leur clarté
car je ne veux plus avoir
des yeux que pour te voir

11 Découvre-moi ta présence
que la vue de ta beauté me tue
tu sais bien la souffrance
de l’amour sans issue
sinon par la présence
sinon par l’évidence

12 Oh source cristalline
si tu formais soudainement
les yeux que j’imagine
dans tes reflets d’argent
ces yeux que j’ai dessinés
dans mon intimité

14 En mon aimé j’ai les collines
les vallées solitaires les bois
l’étrangeté des îles
les fleuves au grand fracas
et le doux sifflement
amoureux des vents

16 Les renards chassez-les
car déjà la vigne bourgeonne
et bientôt des rosiers
nous tresserons des couronnes
et que nul ne chemine
au milieu des collines

17 Vent du nord fais le mort
et toi vent du sud viens
toi qui rappelles l’amour
souffle dans mon jardin
que l’aimé prenne son repas
sous les lilas

18 ô filles de Judée
tandis que les parfums
embaument dans les rosiers
les lys et les jasmins
restez dans les faubourgs
n’entrez pas dans nos cours

19 Cache-toi mon ami
dirige-toi vers les montagnes
et qu’il n’en soit rien dit
mais n’oublie pas les compagnes
de celle qui voyage
sur d’étranges rivages

20 Et vous légers oiseaux
lions cerfs et daims bondissants
montagnes vallées rives d’eau
mers et vents ardents
et vous craintes et veilles
des nuits sans sommeil

21 Par les lyres jolies
et le chant des sirènes
oh je vous en supplie
que s’arrêtent vos haines
et que l’épouse repose
en une nuit bien close

22 Et l’épouse est entrée
dans le doux jardin désiré
elle repose à son gré
sa tête est appuyée
sur les bras tendrement
de son amant

23 Au pied du pommier
avec moi je t’ai fiancée
ma main je t’ai donnée
et là je t’ai restaurée
dans ta primitive beauté
là où ta mère fut violentée

24 Notre lit est fleuri
entouré de cavernes de lions
tout de pourpre embelli
dans la paix et dans l’abandon
notre lit est couronné
de mille boucliers dorés

25 A la recherche de tes traces
les filles courent sur le chemin
dans les lueurs qui s’effacent
dans les arômes du vin
sous la touche des parfums
de ton baume divin

26 J’ai bu dans le cellier secret
de mon aimé mais quand
je suis sortie je ne savais
plus rien de tout ce camp
j’avais perdu le troupeau
que je menais à l’enclos

27 C’est là qu’il m’a offert
son cœur et qu’il m’a enseignée
et à lui toute entière
moi je me suis donnée
là je lui ai juré
d’être son épouse à jamais

28 J’ai consacré mon âme
et tout mon bien à son service
je ne garde plus de troupeau
non je n’ai plus d’autre office
je n’ai plus d’autre entraînement
que l’amour seulement

29 Ainsi donc sur les prés
si personne ne me voit plus
c’est que l’amour m’a emportée
dites que je suis perdue
oui j’ai voulu m’égarer
et je me suis trouvée

30 De fleurs et de joyaux
choisis au petit jour
nous tresserons des cordeaux
fleuris dans ton amour
j’y glisserai un de mes cheveux
en motif amoureux

31 C’est par ce seul cheveu
que je t’ai capturé
il volait sur mon cou
et toi tu me regardais
et tu es resté prisonnier
et dans mes yeux tu t’es blessé

32 Quand tu me regardais
tu me donnais ta beauté
c’est pourquoi tu m’aimais
et pour toi j’avais mérité
ce que je voyais déjà
en toi

33 Mais ne va pas me mépriser
même si je suis décolorée
tu peux encore me regarder
car toujours tu m’as regardée
et ton regard m’a laissé
la grâce et la beauté

34 Oh la colombe est revenue
avec un rameau d’olivier
la tourterelle a été vue
sur les rives argentées
elle a enfin trouvé
son compagnon tant désiré

35 En solitude elle vivait
elle nichait en solitude
et seul à seule son aimé
la guide en solitude
en solitude lui aussi
par l’amour est meurtri

36 Ah jouissons l’un de l’autre ami
allons nous voir en ta beauté
sur la montagne d’où jaillit
l’eau dans sa pureté
dans les fourrés pénétrons
encore plus profond

37 Et après nous irons
dans les cavernes élevées
sous ces hautes voûtes qui sont
si bien cachées
et là nous entrerons
pour goûter le fruit des saisons

38 Là tu me montrerais
ce que mon âme désirait
oh toi qui es ma vie
aussitôt tu me donnerais
ce que tu m’as déjà donné
un jour passé

39 Le souffle de l’air
le chant du rossignol
le bocage et la terre
la nuit sans parole
la flamme qui consume
sans aucune amertume

40 Et nul ne regardait
l’ennemi avait déserté
le siège s’apaisait
et tous les cavaliers
à la vue des eaux lentes
poursuivaient leur descente


Jean de la Croix est un saint et mystique espagnol. Son nom de naissance est Juan de Yepes, il est né à Fontiveros en 1542 et mort au couvent d'Ubeda en 1591. Il a réformé la branche masculine du Carmel, en développant l'ordre des carmes déchaussés. Il fait partie des grands mystiques espagnols du XVIe siècle, au même titre que Thérèse d'Ávila, dont il fut d'ailleurs le confesseur et l'ami. Tous deux sont au nombre des docteurs de l'Église. Il a été béatifié en 1675, canonisé en 1726 et proclamé docteur de l'Église en 1926.

30 novembre 2009

Consécration de Régine dans le diocèse d'Évreux

Le dimanche 22 novembre 2009 a eu lieu la consécration dans l'ordre des Vierges Consacrées de Régine Guivarch à Louviers, diocèse d'Évreux.

Retrouvez l'article et les belles photos de la célébration sur le site internet du diocèse (le lien est fait sur le titre de cet article).

Virginité et religions

Virginité et religions


Judaïsme

Sur le plan juridique, le terme hébreu betoula (vierge) est utilisé pour toute femme n’ayant jamais été mariée lors de la rédaction de l’engagement marital : l’emploi de ce terme signifie que le mari accepte de la considérer comme telle, sans vérification anatomique.

Les rapports intimes avant le mariage sont en effet interdits par la halakha (la loi juive), le but exclusif de l’étreinte amoureuse étant la procréation. Les rapports hors mariage ont pu être considérés comme une forme de prostitution.


Catholicisme


L’Église catholique distingue d’un côté virginité et célibat – qui sont des états – et d’autre part la continence qui est un comportement (abstinence sexuelle hors du mariage) et la chasteté, attitude de respect de l’autre.

Le Catéchisme de l’Église catholique évoque « l’état de virginité ou de chasteté perpétuelle » pour les vierges consacrées, ordre de femmes vivant dans le monde « selon l’état et les charismes offerts à chacune », même si, en pratique, la virginité physique n’est pas exigée.

Les fiancés, eux, sont appelés à « vivre la chasteté dans la continence », pour découvrir « le respect mutuel ». Comme tout baptisé, les personnes mariées sont elles aussi appelées à vivre la « chasteté conjugale » qui vise à ne pas faire de l’autre un objet.

Islam

Sur le plan du principe, explique Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, la pureté sexuelle et la chasteté sont exigées jusqu’au mariage tant pour la femme que pour l’homme. Il ne peut y avoir de rapports sexuels en dehors d’un contrat d’union.

Dans la pratique, beaucoup de musulmans enfreignent ce principe. En ce cas, la faute ne doit cependant être révélée à personne. Si la personne qui a perdu sa virginité se repent devant Dieu, et si les deux parties sont d’accord, le mariage reste possible.

La tradition, répandue en pays d’islam, de prouver la virginité de la mariée par sa défloraison est en net recul, notamment dans les zones urbaines.

Article du journal La croix du 02/06/2008

Vers un catholicisme « exemplaire » ?

Vers un catholicisme « exemplaire » ?
isacco turina
Résumé

Depuis le Concile Vatican II on voit renaître deux anciennes consécrations, celles des ermites et des vierges, qui relèvent d'une même spiritualité du témoignage. Après avoir présenté dans le détail le cas italien, et avoir décrit les principes du témoignage catholique, on fait l'hypothèse que ces formes d'engagement sont des phénomènes de religiosité exemplaire greffés sur la tradition éthique du catholicisme (on emprunte la dichotomie éthique – exemplaire à Max Weber). Les comportements exemplaires parviennent à intégrer dans un engagement religieux fort et rigoureux, des caractères typiques de la modernité comme l'attention à l'individualité, l'égalité de genre, le choix libre et personnel de sa propre adhésion religieuse. Ils trouvent donc dans les sociétés démocratiques contemporaines un terrain favorable à leur croissance, alors que certaines formes éthiques traditionnelles se trouvent aujourd'hui en difficulté.

Isacco Turina, « Vers un catholicisme « exemplaire » ? », Archives de sciences sociales des religions, 133 (2006) - Catholicismes, [En ligne], mis en ligne le 03 mai 2009.

17 septembre 2009

40e anniversaire du rituel des vierges consacrées

Une invitation pour chacune, de la part de Mgr Cattenoz, archevêque d'Avignon

La prochaine rencontre nationale des vierges consacrées aura lieu en 2010 du dimanche 25 juillet après-midi au samedi 31 après-midi, chez les pères du Saint Esprit, 12 rue du père Mazurié, 94669 Chevilly-la-Rue (diocèse de Créteil). Téléphone : 01 46 87 34 04.

Le thème retenu pour cette retraite est : « 1970 - 2010 : 40ème anniversaire de la promulgation du rite rénové
Hier - aujourd’hui - demain »


Dans le cadre du 40ème anniversaire du rituel, la présence de chacune est importante.

15 juillet 2009

Ce blog fait des vagues

Le blog fait des vagues. L'enjeu est bien de libérer la parole et de s'exprimer. Laissons à chacune le droit de se positionner comme elle l'entend : nos vies sont chemin et il me paraît intéressant de voir quelles sont les recherches pour la virginité consacrée dans l'Eglise : quelles questions cela pose, quels mots pour le dire, traduire cette belle vocation et en témoigner ? Je ne suis pas pour le langage unique. Je reviens de l'université d'été de la Mission de France, qui avait pour thème la fraternité. Quel souffle puissant que cette association de prêtres, laïcs, consacrés qui cherchent à dire ensemble la foi de toujours dans les mots d'aujourd'hui ! Quelle respiration ! C'est bien l'enjeu de l'Eglise d'aujourd'hui, il me semble.
Je ne veux pas nier tout le chemin parcouru depuis les tous premiers siècles du christianisme pour exprimer cette belle vocation que nous appelées à vivre, femmes consacrées en Eglise. Au contraire, je m'appuie sur ce précieux héritage pour qu'il ne devienne pas musée, mais parole vivante pour aujourd'hui.
De quelles façon sommes-nous appelantes ? Avec quels mots ? Quels gestes ? Quelles intuitions pour le monde d'aujourd'hui ? Comment l'exprimons-nous ? cela est-il source de joie pour nous et pour d'autres ?
Moi je ne peux pas m'empêcher de me poser ces questions. Je n'ai pas de réponses. J'essaie de vivre dans un esprit d'ouverture : on se construit tellement de murs en Eglise ! Chacun veut délimiter son terrain... Et si on essayait de ne pas rejeter ce qui nous dérange, ce qui est dit et vécu autrement ?

Voilà ma réaction avant la rencontre nationale des vierges consacrées de Pontmain la semaine prochaine. Je nous souhaite bonne route, dans une belle communion de prière et de fraternité.

Christelle

8 juillet 2009

Réaction du P. Michel Naudin à l'article d'Isabelle Parmentier

J’ai été vicaire épiscopal de Paris pour la Vie Consacrée Féminine pendant 13 ans ; en particulier, j’ai été amené à découvrir, puis à accompagner cette forme de vie consacrée ancienne et renouvelée qui s’enracine dans le Rituel de la Consécration des Vierges. Depuis 1995 je participe aux rencontres nationales et internationales.
C’est à ce titre que l’on a porté à ma connaissance l’article d’Isabelle PARMENTIER dans le numéro de la revue "Église et Vocation" d’août 2008.
C’est en effet un témoignage très intéressant, non seulement de ce qu’a vécu et de ce que vit Isabelle, mais aussi de ce que sont ces femmes consacrées « vivant dans le monde ». Beaucoup de notations sont fort pertinentes, et dites avec beaucoup de verve.

Mais il me faut vivement regretter que vous ayez publié ce témoignage sans mentionner en exergue ou en conclusion que la réflexion sur le sens du Rituel de Consécration n’est pas celui qui est retenu habituellement. Par ce témoignage donné sans cette précaution, vous risquez d’induire beaucoup de femmes, d’évêques, de conseillers en erreur. Je le dis en particulier des paragraphes « Un don total et définitif » et « Vous êtes au Christ » (pp.71 et 72) ainsi que de la « Prière Consécratoire » de la page 79.
Par une lecture largement extensive de la note préliminaire 13 du Rituel, on s’est crû autorisé non seulement à « retraduire » les textes, mais à en changer le sens. L’auteur dit explicitement qu’on a « prit la liberté d’écarter le vocabulaire trop exclusivement nuptial. Nous avons laissé de coté les expressions mystiques de vierge, de pureté, d’innocence première, de corps sanctifié, ignorant même jusqu’à l’expression épouse du Christ ». Or que reste-t-il du Rituel, du sens de cette Consécration, si l’on écarte la virginité et la sponsalité !

Si en 1980 (date de la consécration d’Isabelle), il était normal de chercher la signification de cette consécration à nouveau possible depuis 1970, dans un contexte d’effervescence théologique et pastorale, (passionnant d’ailleurs), la réflexion s’est affermie, et on ne peut plus douter aujourd’hui de ce que cette Consécration vise et la chasteté dans la virginité et le « vivre en épouse du Christ », signe de l’Alliance du Christ et de l’Église.
Disons rapidement qu’en 1983, le Code de Droit Canonique, en son Canon 604 (et non 603 comme le dit la note 1 de l’article), écrit : « … l’ordre des vierges, qui, exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, sont consacrées à Dieu par l’évêque diocésain selon le rite approuvé épousent mystiquement le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église ». Le texte latin dit même « sont épousées mystiquement par le Christ Fils de Dieu ».
L’Exhortation apostolique postsynodale Vita Consecrata parue en 1996 va dans le même sens dans sa description de l’ordre des vierges consacrées (n.7). Il n’hésite pas par ailleurs à parler de la signification sponsale de la vie consacrée (n.34). « Dans cette dimension sponsale, propre à toute la vie consacrée, c’est surtout la femme qui se retrouve spécialement elle-même, y découvrant en quelque sorte la valeur propre de sa relation avec le Seigneur ».Ce qui ne l’empêche pas de présenter la chasteté comme un des trois grands défis de la vie consacrée… (n.87-88) [voir note in fine]
En 2008 s’est tenu à Rome un Congrès-pèlerinage international de l’Ordre des Vierges Consacrées. Elles étaient 500 de 52 pays, ce qui montre l’importance prise par cette forme de vie consacrée en un peu plus de 35 ans. L’essentiel des interventions a porté sur la sponsalité de la vocation virginale…Les Actes de ce Congrès paraîtront bientôt.
Déjà avant 1970, une thèse de Doctorat du professeur METZ (Université de Strasbourg) montrait que le Rituel de la Consécration des Vierges s’était inspiré au cours des temps des rites du mariage (voile, anneau, …). Ce Rituel est clairement « nuptial ». Un ouvrage plus récent et plus abordable du même auteur est paru en 2001. (« La Consécration des Vierges », éd. du CERF).
Un livre de référence des vierges consacrées s’intitule « Le Seigneur t’épousera » du Chanoine Simonet, éd. du Serviteur, 2ème édition d’un texte paru en 1986, déjà.
Je cite enfin deux ouvrages récents dont les titres sont déjà parlants : « Ton époux sera ton Créateur » de Marie-Thérèse HUGUET, éd. Parole et Silence 2005, et « Noces Mystiques » de Janine HOURCADE éd Embrasure, Parole et Silence.

Je reconnais volontiers qu’il soit difficile à notre époque de parler de la chasteté, de la virginité, des épousailles mystiques…Mais le Seigneur ne nous demande-t-il pas d’en témoigner, avec intelligence bien sûr.

Il me semble plus profondément qu’il s’agit d’une option générale sur la vocation à la vie consacrée. Au début du paragraphe « Vous êtes au Christ », (p.72) on lit : « d’un commun accord, le père Frétellière et moi avons donc substitué au vocabulaire nuptial le vocabulaire paulinien d’appartenance au Corps du Christ »…Il y a pour l’Église deux types de relation au Christ : le Christ est tête de l’Église, nous sommes les membres de son Corps ; le Christ est époux de l’Église, c’est le thème de l’alliance…(je pense que St Paul ne parle pas seulement de l’appartenance au Corps du Christ, il a une forte théologie de l’alliance, comme en témoigne sa réflexion sur le mariage. Mais en forçant la note, on pourrait dire que le vocabulaire de la vie consacrée serait plus johannique…). L’église de notre époque vit plus spontanément dans le registre « Corps du Christ ». Il ne faut pas méconnaître la vocation à vivre l’Église Épouse du Christ.

Par cette lettre je veux d’abord témoigner de ce que en France au moins 500 femmes vivent, et 5 à 6000 dans le monde. Il me paraît important ensuite que l’on s’accorde à la signification de cette vocation dans l’église, sur le signe qu’elle donne, ainsi d’ailleurs que sur la signification et le signe des différentes vocations à la vie consacrée.

Fraternellement.

Chanoine Michel NAUDIN




[Note] A ce propos, il me semble que Christiane Hourticq, dans son article extrêmement intéressant « Tous consacrés » de la même revue, a oublié dans sa réflexion, en particulier dans le paragraphe « une consécration particulière ? » (p.15), qu’il y a également dans Vita Consecrata un paragraphe « la consécration nouvelle et particulière » (n.30). Il y est développé qu’une des caractéristiques de la vie consacrée est l’engagement dans le célibat pour le Royaume, et que ce n’est pas exigé de la consécration baptismale…Cet engagement dans le célibat pour le Royaume est essentiel à la vie consacrée (p.ex. n.62 : il n’est pas possible que des couples mariés fassent partie de la vie consacrée).


Complément à partir de janvier 2009 : Mgr CATTENOZ, chargé par la Conférence des évêques de France de suivre l’Ordre des Vierges Consacrées vient de donner à tous les évêques de France, aux services des vocations, aux vierges consacrées… un document « ad expérimentum jusqu’en 2011» qui ne laisse plus aucun doute sur le sujet. Voir en particulier le Chap. II : le sens de la consécration des Vierges.

Père Michel NAUDIN, naudin-michel@orange.fr

1 juillet 2009

N’engager rien de moins que ma vie

Ce témoignage est paru dans la Lettre aux communautés, la revue de la Mission de France. N°247


Christelle est vierge consacrée au sein de son diocèse de Sens et d’Auxerre depuis 2006 . Elle travaille actuellement au service de ce même diocèse dans le secrétariat et à la communication. Elle décrit cet engagement comme une recherche de bonheur pour elle et, elle l’espère, pour son entourage. Elle nous rappelle que s’engager n’est pas une aventure personnelle, mais que cela implique aussi « les autres ».


Un OUI qui me dépasse

Le 1er octobre 2006, j’ai engagé publiquement ma vie par une promesse solennelle entre les mains de l’évêque de mon diocèse : forte de la grâce de mon baptême et m’appuyant sur elle, j’ai promis de rester célibataire toute ma vie et de vivre ce célibat dans la chasteté. Cela pour le Christ et ce Royaume étonnant qu’il est venu semer dans l’humanité et qu’il nous a confié. Le baptême, est une déjà consécration qui nous plonge tous en Christ (dans sa mort et dans sa résurrection). La consécration dans le célibat est à mes yeux un moyen équivalent à d’autres - et ils sont nombreux dans l’église - qui permet de se réaliser pleinement.

Je répondais ainsi de façon concrète à un appel pressant, et finalement irrésistible, que je sentais résonner en moi depuis des années. Il n’est pas facile d’évaluer la dépense avant de suivre le Christ. Pour Thérèse de Lisieux, s’engager, c’était jouer le jeu du « qui perd gagne ». J’ai donc franchi le pas, espérant gagner beaucoup - du bonheur et de l’amour, bien sûr ! – et cela pas simplement pour moi. Je sentais bien que d’une façon qui me dépasse, mon OUI concernerait aussi celles et ceux qui m’entourent, qu’il rejaillirait sur eux. C’est cette certitude qui m’a mise en route. Il y a aussi le fait que je ne m’engage pas seule, mais avec d’autres et au milieu d’autres qui m’accueillent ou non ! A cause de cela, il m’apparait justement comme le contraire d’une « mise à part », comme on peut encore l’entendre quelquefois. Ces « autres », sans lesquels je ne serais pas moi-même, sont autant de motifs de mon engagement.

A travers avancées et retours en arrière, j’ai suivi un long chemin de recherche, d’interrogations et de dialogue avant de me décider à rendre public cet appel et, dans le même temps, ma réponse à celui-ci. Et cette réponse s’est voulue définitive. C’est ainsi qu’en octobre 2006, selon le rituel prévu, l’évêque recevait ma « décision de virginité » dans ces paroles que je prononçais : « Père, avec la grâce de Dieu, je professe devant vous et devant l’Église ma décision irrévocable de vivre dans la chasteté et de suivre le Christ. Recevez mon engagement et donnez-moi, je vos prie, la consécration. » Après la célébration au cours de laquelle l’évêque a rappelé que « c’est l’engagement qui rend libre », beaucoup de personnes sont venues me trouver pour me féliciter et « m’admirer », comme si cette forme d’engagement, dans les mentalités et de façon plus ou moins consciente, restait supérieure à une autre. Il est vrai qu’une consécration de laïque, ce n’est pas encore très courant et que cette vocation reste quasiment inconnue dans nos Églises diocésaines. De fait, les consacrées se sentent souvent appelées à vivre dans une certaine discrétion et, pour la plupart, elles ne portent aucun signe visible (croix, vêtement) qui pourrait les distinguer des autres. En fait, toute « l’explication » réside une fois pour toute dans la célébration elle-même. Tout y est dit, avec des images qui restent très parlantes pour nous aujourd’hui : il s’agit d’un langage nuptial que tout le monde peut comprendre. Le Christ me prend pour épouse et ma vie lui appartient sans partage (c’est ce qu’on appelle la virginité : le fait de ne pas partager…) Je décide librement, après mûres réflexions et aventures, de lui donner tout ce que je peux lui donner : moi-même, ma vie, ma personne, mon temps, ma raison d’être. Je décide de ne plus chercher ailleurs ce bonheur qu’il m’a déjà fait goûter.
Bien, mais concrètement, cela pose de nombreuses questions : Pourquoi ? A quoi ça sert ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Aussi, dès la première seconde, j’ai eu à témoigner et à rendre compte de cet acte.


Se tenir sur le toit…


Pour parler de cet engagement dans le célibat consacré par Dieu et de la place qu’il me fait tenir au milieu des femmes et des hommes de notre siècle, il m’est venu à l’esprit une scène biblique qui, à priori, n’est pas en lien direct avec le sujet.
Ils sont assez nombreux les passages d’Evangile où l’on entend Jésus qui appelle et où l’on suit les parcours si différents des disciples et des gens qui l’entourent. Chacun reçoit sa part, chacun peut trouver sa place, choisir celle qui lui convient le mieux : Jésus laisse libre mais pas insensible à sa Parole. Il nous demande de nous positionner. Va-t-on encore rester longtemps étrangers, extérieurs à son invitation à le suivre de près ? Ça, c’est la question qu’il pose personnellement à chacun. Et pour moi ? Quelle est cette place qui me correspond bien, cette place qui sera suffisamment confortable pour que j’aie le désir d’y rester en même temps que suffisamment inconfortable pour que j’apprenne à toujours à compter sur lui, le Christ, qui m’a appelé, et non pas simplement sur mes propres forces. Car dans l’histoire, il se mouille aussi si je puis dire….

C’est donc dans l’épisode du paralysé de Capharnaüm (Luc 4, 17-27) que je me suis le plus retrouvée. Dans cette scène, ce qui me frappe toujours, c’est l’audace des porteurs de civière. Et c’est à eux que je m’identifie volontiers. Ils sont plusieurs. Dans l’Evangile de Marc, on dit que ce sont quatre hommes. Bon, ça commence mal, car moi je suis une femme et, par définition, un peu moins costaud qu’un homme. Mais qu’à cela ne tienne, ce rôle de porteuse de civière me va bien, car je ne suis pas seule, je n’ai pas entièrement le malade sur les bras ! Ils ont une idée fixe : amener le malade (sur sa demande ou sur leur intuition ? on ne le sait pas) non pas dans les parages de Jésus mais bien devant lui. Qu’il y ait un contact direct. Pour cela, ils vont faire des pieds et des mains pour se frayer un passage dans la foule, mais sans succès. Alors ils grimpent sur le toit (quelle entreprise avec un malade !) et défont le toit. Même si ce ne sont pas nos beaux toits en tuile ou en ardoise, même s’il s’agit de branchages et de torchis, il faut quand même faire un trou et trouver assez d’équilibre pour hisser le malade en civière, le faire monter avant de le faire redescendre juste sous le regard de Jésus. Et le tour est joué !

Ça paraît simple, mais ça ne s’est sans doute pas fait en deux minutes. Ces porteurs ont dû chercher ensemble quelle serait la meilleure solution pour arriver à leurs fins sans se décourager. Et les voilà sur le toit. Cette position me plaît bien. Elle est pour moi très significative du rôle que je me sens amenée à jouer au milieu de mes contemporains. Engagée en Église, je suis d'Église, c'est-à-dire que je suis relative à la personne du Christ qui, personnellement, m’a appelée. Mais je ne suis pas là rien que pour lui. Je suis là pour tous. Même si je me sens en communion profonde avec d’autres vocations, avec telle ou telle forme de vie communautaire plus structurée, je ne suis pas enfermée dans une structure qui me cadre, je suis sur le toit, pour aider à monter et à descendre… Cela fait un peu de gymnastique pour moi et les candidats à la civière. Qui sont-ils ? Des catéchumènes ? Des curieux ? Des amis ? Des sceptiques ? Peu importe. Tous peuvent passer, moyennant à un certain moment une attitude sans doute inhabituelle : le laisser-faire. Se laisser porter.

Pour moi, n’étant pas assez forte, je ne peux rester seule sur ce toit. J’ai besoin de compagnons : je m’engage à dépendre des autres, de leur force, de leur motivation, de leur persévérance. Je m’engage à rester là, sur ce toit, avec eux, dans un compagnonnage mutuel, quelle que soit la saison (vive la douceur du printemps !) : ce n’est jamais gagné d’avance… Les tempêtes, ça peut arriver assez souvent, surtout avec le dérèglement climatique d’aujourd’hui… En fait, se tenir en hauteur, c’est surtout se tenir en prière. Car des forces, je n’en ai pas ! Et l’appel premier d’une vierge consacrée, c’est la prière ! Eh oui : s’il s’agit bien de ne pas se défiler du monde, il est aussi indispensable de ne pas se défiler du Christ et de son église. La vierge consacrée est d’abords attachée à sa maison, l’église. Alors, sur le toit, je me tiens à une ouverture, je ne suis pas enfermée, mais je suis bien localisée, je ne m’envole pas.

Bien sûr, tout cela n’est qu’une image, qui m’aide cependant à exprimer les choses de façon concrète. Être sur ce toit, c’est une certaine attitude spirituelle, c’est se tenir en-dehors de la maison en étant de cette maison (Église), pour être là, ensemble, avec les autres porteurs et avec celles et ceux qui n’auront jamais l’occasion de passer par la porte, pour de multiples raisons, et qui, aidés par d’autres, prendront le chemin plus improbable du toit. Ils sont nombreux les chemins qui mènent à Dieu et, l’air de rien, ils sont tous balisés, quoi qu’on en pense.

Mon engagement est-il gratuit ? Purement altruiste ? Non, j’attends de l’autre partie – le Christ - qu’il accomplisse ses promesses, que j’ai lues dans les Béatitudes. La plus grande étant celle du bonheur. Je fais donc le pari que cet acte public, cette parole qui me lie à Dieu dans son Église, c’est-à-dire au milieu de son peuple, cette parole qui est mienne reçue par Dieu lui-même, contribuera à mon bonheur et à celui de ceux que j’ai l’occasion de côtoyer.

26 juin 2009

Bien dans l'Eglise et pourtant inclassables

Isabelle Parmentier vierge consacrée, diocèse de Poitiers

Article paru dans la revue Eglise et vocations sur la vie consacrée, n°3, août 2008


Le 31 mai 1970, le Rituel de la consécration des vierges est mis à jour et promulgué selon les orientations du concile Vatican II. Conférée au cours des siècles à certaines moniales qui en avaient gardé la coutume, cette consécration s'offre désormais aux femmes désireuses de vivre un célibat pour Dieu au cœur du monde. Grande nouvelle pour celles qui étaient déjà engagées mais qui, jusque-là, devaient vivre leur engagement en toute discrétion, sans autre possibilité que des vœux privés. Les voilà publiquement reconnues dans l'Église (1). Rien qu'en France, elles sont aujourd'hui près de quatre cents. Qui sont-elles au juste ?

Une antique tradition : les « vierges consacrées »

On les appelle vierges consacrées, nom historiquement situé, affectivement chargé, lourd à porter, qui prête, sinon à sourire, du moins à confusion. Une appellation contrôlée qui renseigne peu sur ce qu'elles sont réellement. Beaucoup s'interrogent. Pourquoi, en plein XXe siècle, avoir été rechercher cette expression ancestrale ? L'enjeu dépasse la seule question de vocabulaire. Il nous faut expliciter cette vocation, risquer d'autres mots pour en dégager le fondement chrétien, montrer son originalité toute baptismale, son actualité prophétique dépoussiérée au cœur de l'Église pour le monde d'aujourd'hui.

Cet article voudrait mettre en lumière la chance que représente une telle vocation dans l'Église, en montrant aussi ses ambivalences, ses ambiguïtés et même ses tentations. Car cette vocation est une vocation à risque, tant pour l'Église qui s'engage que pour la femme qui se donne. Engagement offert à un petit nombre et qui devrait rester, à mes yeux, exceptionnel. Je n'ai paradoxalement jamais travaillé à la promotion de cette vocation complexe. Si j'accepte aujourd'hui de parler après des années de silence, c'est parce qu'on me le demande instamment. Je le fais non pour convaincre, mais pour tenter de contribuer, dans la mesure du possible, à éclairer un peu. Loin de moi la prétention de parler au nom des autres vierges consacrées, encore moins à leur place. Chacune est unique. Toutes différentes. Alors, à partir de mon expérience personnelle, m'appuyant sur l'histoire d'autres femmes engagées ces dernières années, en particulier dans le diocèse de Poitiers, j'essayerai de donner chair à cette réalité féminine multiple et riche. Je risquerai quelques réflexions théologiques dans l'espoir d'ouvrir peut-être des perspectives.


Une seule consécration : le baptême


Je me suis personnellement engagée il y a près de vingt-huit ans, le 16 novembre 1980 à Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne entre les mains de Mgr François Frétellière, au milieu d'une assemblée nombreuse de témoins, foule disparate composée de collègues de travail - j'étais à l'époque enseignante dans un collège public - de prêtres, d'amis d'enfance de mon village du Sud-Ouest, de ma famille, d'enseignants de la faculté de théologie de Paris où j'étais étudiante au cycle C, des voisins du quartier, des religieuses, les membres de mon équipe d'accompagnement, et les paroissiens avec qui je vivais des engagements pastoraux aussi variés que passionnants. Première « consacrée » dans le diocèse de Créteil, l'événement éveillait la curiosité à une époque où se cherchait avec enthousiasme et souffrance, dans l'espérance malgré les difficultés et les tâtonne-ments, la place de la femme dans l'Église. Ni ministère, ni consécration religieuse, ni sacrement, quoi donc alors ? Nous avions l'impression que quelque chose de nouveau commençait. Cinq mois plus tôt, le pape Jean-Paul Il en visite en France, avait lancé au Bourget son vibrant : « France, qu'as-tu fait de ton baptême ? » J'avais conscience de vivre mon baptême jusqu'au bout en consacrant ma vie à Dieu dans le célibat, aux côtés de ceux qui, dans le sacrement du mariage, déployaient leur baptême, eux, dans l'amour conjugal. Car à la même époque, mes frères et sœur se mariaient, mettaient au monde leurs premiers enfants, une amie très chère s'engageait comme moniale à l'abbaye du Bec-Hellouin, un séminariste ami se tenait dans le chœur, et moi, je me donnais autrement qu'eux, à leurs côtés, comme eux et différente, dans une même allégresse partagée. Tous consacrés, tant il est vrai qu'une même et unique consécration se déploie en toute vocation : la consécration baptismale. Tout baptisé, marié ou pas, religieux ou ministre ordonné, est consacré à Dieu, greffé au Christ, oint de l'Esprit. Vierge consacrée, vierge baptisée, c'est donc la même chose. On pourrait dire alors que je suis laïque consacrée. L'expression est commode mais, reconnaissons-le, tout aussi illogique. Si laïc veut dire non prêtre ou non diacre (qui n'a pas reçu de ministère ordonné), ou membre du peuple saint tout entier baptisé (laos), alors laïque consacrée est encore l'équivalent de chré¬tienne baptisée. On tourne en rond.


Un don total et définitif


En ces années post-conciliaires d'effervescence théologique et pastorale, le père Frétellière soucieux autant que moi de ne pas rétrécir mon engagement au seul vœu de chasteté, prit la liberté d'écarter le vocabulaire trop exclusivement nuptial (2). Nous avons laissé de côté les expressions mystiques de vierge, de pureté, d'innocence première, de corps sanctifié, ignorant même jusqu'à l'expression épouse du Christ. « Comment Jésus peut-il être le mari de tant de femmes à la fois ? m'avait demandé un collégien insolent. Serait-il polygame ? » Si la tradition patristique est solide, si la poétique et la symbolique liturgiques sont édifiantes, en réalité, la pente est glissante : sexualité refoulée et sublimée en une sainteté rêvée, désincarnée, idéal inatteignable, souvent déconnecté de la réalité bien fragile d'une féminité affrontée aux relations humaines sexuées, toujours complexes. Que d'excès !
Sans parler du lyrisme exalté, exprimé souvent (mais pas seulement) par des hommes eux-mêmes célibataires. Qui oserait s'enquérir à propos d'un jeune homme s'engageant par vœu au célibat s'il est bien « vierge consacré » au masculin ? Sérieusement, pourquoi la virginité serait-elle exclusivement féminine ? Quoi qu'il en soit, la vie - et a fortiori toute une vie - ne se résume pas à la maîtrise de la sexualité.

« Vous êtes au Christ »

D'un commun accord, le père Frétellière et moi avons donc substitué au vocabulaire nuptial le vocabulaire paulinien d'appartenance au Corps du Christ. Ainsi ai-je prononcé mes vœux avec les mots mêmes de l'apôtre Paul : « Je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu'est la connaissance du Christ mon Seigneur, le connaître, Lui, avec la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances... C'est pourquoi je m'engage par vœu, pour toute ma vie, à Lui consacrer mon corps, mon cœur et ma liberté, m'efforçant de vivre dans la simplicité évangélique et le partage avec mes frères... Ainsi, tendue en avant de tout mon être, je m'élance vers le Christ pour tâcher de le saisir, ayant déjà été saisie par lui (4). » Le reste du cérémonial fut également adapté, dans le respect de ses signes et de son esprit, privilégiant d'un bout à l'autre les mots de l'Écriture. La Bible me fut remise comme livre de prière et de vie. Pas de voile, pas de place d'honneur attitrée à la cathédrale comme dans l'Antiquité, mais l'anneau pour signifier l'alliance baptismale définitive dans le Christ avec Dieu, dans une vie de célibat au service de l'Église et de mes frères. La prière consécratoire a elle aussi été entièrement réécrite par l'évêque : le don de l'Esprit n'est pas d'abord pour la sanctification de mon âme (ni de mon corps), mais en vue d'édifier et de sanctifier le Corps du Christ. Ainsi se transmet la Tradition dans l'obéissance à l'Esprit, loin des soumissions stériles à la lettre (5).

« Nous vous donnons notre enfant ! »

Vingt-huit ans plus tard, avec du recul, le me réjouis de la difficulté que nous avons toujours à nommer cette vocation. Ni prêtres, ni évêques (!), ni diacres, ni mariées, ni religieuses, ni moniales, ni ermites... ni ceci, ni cela. On nous définit facilement par ce que nous ne sommes pas. Notre nom semble imprononçable. C'est peut-être mieux ainsi. Je repense souvent au témoignage bouleversant que ma mère a fait le jour de mon engagement en 1980. II n'a pas pris une ride.

« Le projet de notre fille n'est pas tellement facile à comprendre. Comme les Mages, nous devons marcher les yeux fixés sur l'étoile. Quand nous voulons décider nous-mêmes de la route à prendre, nous nous retrouvons au pire devant Hérode, au mieux devant quelques vieux Sages, pas si sages que cela, décidés à nous faire marcher sur des chemins connus, tranquilles, bien balisés qui ne sont pas obligatoirement ceux que le Seigneur a choisis pour nous. Comme il serait plus simple en effet et, en un sens, plus rassurant, de pouvoir mettre un voile sur la tête de notre fille et de lui donner une étiquette conforme aux normes habituelles. Mais voilà :"1'Esprit souffle où il veut" et l'étoile nous guide toujours "sur un autre chemin". Notre fille a délibérément choisi de rester laïque, comme vous et moi, prenant l'Église comme famille. Ce choix nous conduit, nos enfants et nous, à une plus grande solidarité avec elle sur tous les plans. Sa recherche est pour nous un appel à l'inconfort spirituel. Elle nous provoque à une plus grande fidélité à la grâce de notre baptême et de notre mariage, elle nous invite sans cesse à ne pas nous satisfaire de notre médiocrité. Et maintenant je m'adresse à vous, chers frères et sœurs du diocèse de Créteil : voici que ce soir nous vous donnons notre enfant. Aimez-la bien, c'est-à-dire aidez-la par votre soutien fraternel, par l'amitié, et surtout par vos exigences spirituelles, à faire grandir en elle la charité du Christ. Qu'ainsi, grâce à vous, elle puisse prêter une attention toujours plus fervente à l'eau vive de son baptême qui ne cesse de ruisseler sur son âme en murmurant :"Viens vers le Père"'. »

Cette vocation insaisissable s'est incarnée pour moi dans la durée d'une histoire riche et mouvementée, bien réelle. Au regard d'autres expériences, je voudrais souligner trois traits qui me parais¬sent communs à l'ensemble de ces femmes. Trois traits qui mettent en lumière la vocation de toute l'Église, en lui rappelant d'où elle vient, qui elle sert et vers qui elle va.



Célibataires au cœur du monde

Vivre seule, pour une femme, dans la société d'aujourd'hui, est devenu fréquent. Subi ou choisi, le célibat féminin semble installé pour longtemps dans le paysage occidental. Le phénomène va croissant : esseulées par force ou par choix, femmes séparées ou divorcées, mères célibataires, veuves, de grandes souffrances se cachent sous l'apparente banalité. Contrastant par leur style de vie, certaines femmes témoignent, elles, d'une liberté pleine de gaieté. Libres : à l'évidence, elles ne sont pas à prendre, leur cœur est pris. Elles vivent réellement seules, sans amant dans leur lit, mais pas isolées, décentrées d'elles-mêmes, intéressées par tout et par tous. Gaies, elles sont habitées par une joie inépuisable qui vient d'ailleurs que du métier qu'elles exercent, des biens qu'elles possèdent ou des projets qu'avec d'autres elles bâtissent.

Chrétiennes radicales, pas des vestales

Quelqu'un d'Autre qu'elles-mêmes les anime et les pousse dehors. Aucune n'est confinée. Ni pieuses, ni timorées. Réservées, certes, car Dieu se les réserve, à l'écart mais pas à l'abri. Données. Ainsi croise-t-on Christelle chaque matin dans les rues de Poitiers qui pédale dur sur son vélo de factrice. Cécile est aumônier d'hôpital au CHU ; Élisabeth, artiste peintre, se rend disponible à tous dans son village, Isabelle s'engage depuis des années dans plusieurs associations, etc.. Quelque chose de radical est perceptible en chacune. Certes, elles peuvent agacer par le côté entier de leur personnalité. Il est inconfortable de fréquenter quelqu'un dont la vie ne se justifie que par une invisible présence. « Comprenne qui pourra » dit Jésus, en soulignant que certains se font eunuques pour le Royaume des cieux (7). La vie de ces femmes témoigne d'une absolue gratuité, un signe que j'ose qualifier d'eschatologique, un célibat pour la Résurrection, un célibat pour Dieu. Pour Dieu seul. Rien d'autre en effet que Dieu ne peut saisir une vie de manière aussi radicale. Une passion dévorante que ces femmes s'épuisent à contenir sans y parvenir. Comme le prophète Jérémie (8). La joie de Dieu est la plus forte.


D'abord pour la louange, ensuite aussi pour le service

Cette gratuité caractérise notre vocation. « L'homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu son Seigneur », dit saint Ignace de Loyola (9). Dans l'ordre : pas d'abord pour servir. D'abord pour louer, pour rien d'autre que cette reconnaissance fondatrice, première. Un célibat de gratitude. « Vous n'êtes pas consacrée à ce que vous faites, vous êtes consacrée à Dieu seul ! » aime me dire le père Maurice Vidal. Dans notre société où prévalent la performance, la rentabilité, le profit et, dans l'Église, l'efficacité pastorale, le célibat pour Dieu ne sert d'abord à rien, à rien d'autre qu'à combattre les idoles en désignant Dieu comme l'Unique. C'est clair, « ou bien tu adores ce que tu fais, ou bien tu adores Celui qui t'a fait » (Paul Beauchamp). « Écoute Israël, le Seigneur est UN. De Dieu, tu n'en auras pas d'autre que moi (10). » Si Dieu seul est Dieu, rien d'autre ne peut être absolutisé sur terre. Si Dieu seul est Dieu, tout sur terre devient relatif. Le célibat pour Dieu ne relativise pas ce qui est humain, le Christ a pris chair de notre chair pour porter notre humanité au plus haut de la gloire de Dieu. Non, le célibat consacré ne relativise rien, il met tout en relation avec Dieu. Telle est l'offrande obstinée de ces priantes insérées dans le monde pour la gloire de Dieu.

Notre vocation n'est pas d'abord d'être des militantes. Notre mission première est d'adorer. Dire que Dieu est Premier, ne relativise pas l'action. C'est remettre l'action - éminemment nécessaire - à sa juste place, comme un fruit, une action de grâce, en refusant de prendre les moyens pour la fin. Dieu est la source et la fin. Ces femmes viennent de lui et retournent vers lui. Fatiguées peut-être, « vidées » souvent, mais jamais épuisées, ressourcées par le don d'elles-mêmes en Celui qui les ressuscite sans cesse pour Lui. Comme pour tant de chrétiens, le lieu de leur ressourcement quotidien est la lecture priée de l'Écriture. C'est cette Parole qui les engendre à elles-mêmes dans l'Église. Qui les ressuscite et les envoie. Leur solitude n'est pas une fin, elle n'est même pas un moyen, elle est d'abord le lieu d'une révélation. Chacune à sa manière atteste que Dieu fait naître, que le Dieu vivant fait vivre.

Dans une Église diocésaine


Incorporées, pas collectionnées

Ces chrétiennes radicales ne forment entre elles aucune corporation, aucune congrégation. Elles n'ont ni règle ni structure, ne cherchent pas ou peu à se connaître, ne se fréquentent pas régulièrement. Elles choisissent de se lier à un diocèse. Pourquoi s'étonner ? Personne ne s'étonne qu'un jeune homme entre au séminaire pour consacrer sa vie à Dieu dans un diocèse. Qu'offre l'Église aux jeunes femmes qui expriment le même désir ? Rien. Ah si ! Vierge consacrée, à défaut d'autre chose. Interrogez-les ! Presque toutes ont cherché longtemps leur place dans l'Église, elles ont tâtonné, essayé telle ou telle congrégation, institut séculier, ou autres. Toutes sont revenues à leur désir premier, être incorporées à leur diocèse, réalisation locale de l'Église « peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l'Esprit ». Cette option si évidente pour elles, continue curieusement de poser question dans l'Église. Combien de fois ai-je personnellement entendu, sur un ton de reproche compassé :« Quel est ton collectif ? Où sont ta communauté, ton institut, ta congrégation ? » Soupçon terrible et récurrent, tant il est difficilement admissible dans notre sainte Église de voir une femme laissée à elle-même, seule dans la nature. Appel à la vigilance ecclésiale, certes. Mais, de même que le célibat désigne Dieu comme l'Unique, de même cette solidarité diocésaine pourrait bien contester d'excessifs attachements à diverses appartenances ecclésiales. Il est facile de sacraliser une pastorale ou un courant théologique au nom du Christ. II est tentant, au nom de l'Évangile, d'absolutiser sa paroisse, son mouvement d'action catholique, sa « communauté nouvelle », de défendre avec la meilleure conscience du monde les intérêts des uns contre les autres. « Chacun de vous dit: "Moi, je suis à Paul. Et moi, à Apollos, et moi à Cephas. Et moi au Christ." Le Christ est-il divisé (11) » Ce n'est pas être nulle part que de choisir le diocèse comme seule famille. Pas d'identité collective, pas d'école théologique propre. Pas d'autre congrégation que le diocèse, pas d'autre supérieur que l'évêque, pas d'autre spiritualité que l'Évangile. Pas d'autre étiquette que chrétienne, pas d'autre cloître que la vie des hommes. À l'heure où certains courants d’Eglise cèdent à la tentation de contourner la médiation diocésaine pour recourir directement à l’évêque de Rome, une telle volonté tenace de s’enfouir dans le terreau diocésain fait signe aujourd’hui. L’Eglise locale est le lieu de l’Eglise universelle. Ces femmes libres mais non déliées se donnent pour une appartenance.


Librement référées à l’évêque

Ce qui rend visible et consacre publiquement l’appartenance diocésaine de ces chrétiennes radicales, c’est leur lien personnel avec l’évêque. C’est l’évêque qui les appelle. Par là même, elles ont avec lui une relation canonique. Ainsi se trouve garantie l’authenticité ecclésiale de leur état de vie.
Ce lien n’est pas forcément simple. L’évêque n’est pas leur accompagnateur spirituel, il n’est pas non plus leur patron, puisqu’elles ne font pas vœu d’obéissance. Osons dire que ce lien peut parfois poser de réelles difficultés, surtout lorsque ces femmes exercent une mission pastorale, à fortiori un ministère reconnu. Risquent alors de se mélanger ministère et état de vie. A la différence des prêtres liés entre eux par un presbyterium, elles se trouvent particulièrement exposées et vulnérables lorsque survient un changement d’évêque, ou lorsqu’un évêque change d’orientation. « Le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête (12). » Au coude à coude avec les chrétiens ordinaires, peut se vivre alors parfois quelque chose du mystère pascal. Qui dit mystère pascal dit mort, mais aussi résurrection. En vingt-huit ans, j’en suis pour ma part à mon quatrième diocèse et à mon sixième évêque…


Pour une fraternité universelle

Femmes d’amitié, pas des ermites

« Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? demande Jésus (qui ne dit pas : qui est mon épouse ?) Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère (13). » J'entends en écho : « Montre-moi tes amis, je te dirai qui tu es ! » Dans le Christ, l'amour n'a rien de sentimental. « L'amour n'est pas un état d'âme, c'est une décision » écrivait Simone Weil. « II y a en vous Quelqu'un qui nous aime tous » dit un jour un homme médusé par l'audace de sa collègue qu'il savait chrétienne et qui venait de réussir une médiation difficile lors d'un conflit dans l'entreprise. Signe parmi les signes, l'amour du Christ traverse les frontières, transcende tous les particularismes, les corporatismes. Il ne fait pas de différence entre les hommes, se réjouit seulement de ce qui est juste. « Non, aimer tout le monde, c'est n'aimer personne » grognent les sceptiques. Ce n'est pas aimer personne que choisir d'aimer tout le monde un par un, visage par visage, en commençant par ses voisins de palier, ses collègues de travail ou les paroissiens de son quartier. La parole de Jésus fonde la vocation chrétienne à la fraternité universelle. Comme le dit avec force le Père Vidal, « Jésus est mort pour la même chose pour laquelle il est né : être le Premier-né d'une multitude de frères. »
« Notre Père, donne-nous aujourd'hui... » les amis, les frères de ce jour ! Ainsi s'élève souvent ma prière. Inlassablement, je supplie Dieu de me donner l'Église comme un pain. Et il m'exauce, car effectivement, l'Église m'est donnée jour après jour, communauté nourrissante, provisoire, inattendue, toujours neuve, chaque jour reçue, chaque soir rendue, jamais retenue, visages aimés non possédés, cœurs rencontrés et quittés : chasteté au quotidien dans l'attachement et le détachement, dans une solitude non isolée, tout entière orientée et finalisée par la relation à tous. Devant Dieu, je suis « foule ».


Des femmes sans frontières

En tant que laïques, nombre de ces femmes pénètrent loin dans la société avec légèreté, souplesse, féminité. Elles se lient facilement, nouant des relations de confiance avec des personnes de tous âges, de toutes cultures, langues, traditions ou milieux. Reconnues par l'institution, elles ne sont pas perçues comme institutionnelles. D'où leur rayonnement apostolique, leur audace pastorale. Elles annoncent l'Évangile comme elles respirent, elles rassemblent, consolent, chantent, encouragent, témoins de la compassion de Dieu à la prison comme Christelle, à l'hôpital comme Élisabeth ou Cécile, dans des associations laïques comme Isabelle. Femmes sans frontières, leurs dons et leurs talents sont mis au service de tous.
Je rends grâce chaque fois que l'Église ose faire confiance à ces femmes inclassables. Chacune est unique, non clônable. Des femmes tenaces. Pas meilleures que les autres, ni plus douées, ni moins pécheresses. Adultes. Majeures. Fidèlement libres. Indépendantes et solidaires. Au cœur de l'Église, des femmes de foi discrètement visibles, priantes et données. Marthe et Marie à la fois. Dans cette vocation, pas de prêt-à-porter, seulement du sur-mesure. l'obéissance au Christ est l'unique source de leur liberté. À une époque où beaucoup se crispent sur la sacralisation de leur identité, la liberté inconfortable de ces femmes dérange l'Église autant que la société. Elle les réveille. Sauront-elles s'en réjouir ? ∎

Prière consécratoire Mgr F. FRETELLIERE (+ 1997)
Père, par le baptême et la confirmation, tu t'es consacré X... pour qu'elle témoigne de ton amour, et aujourd'hui, nous reconnaissons que tu l'appelles à donner le signe de cette consécration par le don total de tout son être. Toi, l'Auteur de tout don parfait, toi qui, selon les promesses du Christ, donnes l'Esprit Saint à ceux qui te le demandent, envoie sur X... ton Esprit Saint. Qu'il porte en elle, en abondance, des fruits de liberté, de vérité, d'amour, de sainteté. Et puisque chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien commun, qu'elle contribue, pour sa part, à la croissance du Corps du Christ qui se construit dans l'amour, jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance de ton Fils, qui vit et règne avec toi et l'Esprit Saint pour les siècles des siècles. Amen !


NOTES

1. En plus du Rituel, voir l'artide 603 du Code de Droit canonique.
2. La note préliminaire n° 13 du Rituel invite explicitement à cette liberté d'adaptation.
3. 1 Corinthiens 3, 23.
4. D'après Philippiens 3, 8-12.
5. Cette prière a été utilisée plusieurs fois ensuite pour d'autres engagements similaires dans le diocèse de Créteil.
6. Solange Parmentier,16 novembre 1980.
7. Matthieu 19,10-12.
8. Jérémie 20, 7-9.
9. Principe et fondement. Exercices spirituels n° 23.
10. Deutéronome 6, 4.
11. 1 Corinthiens 12-13,
12. Luc 9, 58.

25 juin 2009

La consécration des vierges, hier, aujourd'hui, demain

A propos du livre de René Metz paru en 2002

Discours de Benoît XVI à l’Ordo Virginum

« Votre charisme comporte un don total au Christ »

Voici le texte intégral du discours de Benoît XVI aux participantes du congrès de l'Ordo Virginum en mai 2008 sur le thème : « Virginité consacrée dans le monde : un don pour l'Église et dans l'Église ».
Très chères sœurs,
1. J'accueille et je salue avec joie chacune d'entre vous, consacrées « au Christ par un rite nuptial solennel » (Rituel de la Consécration des Vierges, 30), à l'occasion du congrès-pèlerinage international de l'Ordo Virginum, qui vous rassemble à Rome ces jours-ci. Je salue en particulier le cardinal Franc Rodé pour sa salutation cordiale et l'engagement déployé pour soutenir cette initiative, et j'adresse un merci de tout coeur au comité d'organisation. En choisissant le thème qui conduit ces journées, vous vous êtes inspirées de l'une de mes affirmations qui résume ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire sur votre réalité de femmes qui vivent la virginité consacrée dans le monde : un don dans l'Eglise et pour l'Eglise. Dans cette lumière, je désire vous confirmer dans votre vocation et vous inviter à grandir de jour en jour dans la compréhension d'un charisme à la foi lumineux et fécond aux yeux de la foi, et obscur et inutile pour ceux du monde.
2. « Soyez des servantes du Seigneur de nom et de fait, à l'imitation de la Mère de Dieu » (RCV, 29). L'Ordre des Vierges constitue une expression particulière de la vie consacrée, qui a refleuri dans l'Eglise après le Concile Vatican II (Cf. Exhort. Ap. Vita consecrata, 7). Mais ses racines sont anciennes ; elles plongent dans les débuts de la vie évangélique lorsque, comme une nouveauté inouïe, le cœur de certaines femmes a commencé à s'ouvrir au désir de la virginité consacrée : c'est-à-dire au désir de donner à Dieu tout leur être, [un désir ] qui avait eu dans la Vierge Marie et son « oui » la première réalisation extraordinaire. La pensée des Pères voit en Marie le prototype des vierges chrétiennes et met en évidence la nouveauté du nouvel état de vie auquel on accède par un choix libre par amour.
3. « En toi, Seigneur, ils possèdent tout parce qu'ils t'ont choisi Toi seul, au-dessus de tout » (RCV, 38). Votre charisme doit refléter l'intensité, mais aussi la fraîcheur des origines. Il est fondé sur la simple invitation évangélique « qui peut comprendre, qu'il comprenne ! » (Mt 19, 12) et sur le conseil paulinien concernant la virginité pour le Royaume (1 Co 7, 25-35). Or tout le mystère chrétien résonne en lui. Lorsqu'il est né, votre charisme n'était pas formaté par des modalités de vie particulière mais il s'est peu à peu institutionnalisé jusqu'à une véritable consécration publique et solennelle, conférée par l'évêque grâce à un rite liturgique suggestif qui faisait de la femme consacrée la « Sponsa Christi », image de l'Eglise épouse.
4. Très chères, votre vocation est profondément enracinée dans l'Eglise particulière à laquelle vous appartenez ; c'est le rôle de vos évêques de reconnaître en vous le charisme de la virginité, de vous consacrer et éventuellement de rester proches de vous sur votre chemin, pour vous enseigner la crainte du Seigneur, comme ils s'engagent à le faire durant la liturgie solennelle de consécration. De la respiration du diocèse, avec ses traditions, ses saints, ses valeurs, ses limites, et les difficultés, vous vous ouvrez à la respiration de l'Eglise universelle, surtout en en partageant sa prière liturgique, qui vous est remise afin qu'elle « résonne sans interruption dans votre cœur et sur vos lèvres » (RCV, 42). De cette façon, votre « moi » priant se dilatera progressivement jusqu'à ce que la prière ne soit plus qu'un grand « nous ». Telle est la prière ecclésiale et la vraie liturgie. Dans le dialogue avec Dieu ouvrez-vous au dialogue avec toutes les créatures, vis-à-vis desquelles vous vous retrouvez mères, mères des enfants de Dieu (cf. RCV, 29).
5. Votre idéal, en soi vraiment élevé, n'exige cependant aucun changement extérieur particulier. Normalement, chaque consacrée reste dans son contexte de vie. C'est un chemin qui semble dépourvu des caractéristiques spécifiques de la vie religieuse, surtout de l'obéissance. Mais pour vous, l'amour se fait « sequela » : votre charisme comporte un don total au Christ, une assimilation à l'Epoux qui requiert implicitement l'observance des conseils évangéliques, pour garder intègre votre fidélité à Lui (cf. RCV, 47).
L'être avec le Christ exige intériorité, mais en même temps, il ouvre à la communication avec les frères : c'est ici que se greffe votre mission. Une règle de vie « essentielle » définit l'engagement que chacune de vous assume avec le consentement de l'évêque, au niveau spirituel comme au niveau existentiel. Il s'agit de chemins personnels. Parmi vous, il y a des styles de vie et des modalités différentes de vivre le don de la virginité consacrée et cela se fait d'autant plus évident lors d'une rencontre internationale comme celle qui vous voit réunies ces jours-ci. Je vous exhorte à dépasser l'apparence en accueillant le mystère de la tendresse de Dieu que chacune porte en elle-même, et en vous reconnaissant comme des sœurs, même dans votre diversité.
6. « Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Royaume à venir » (RCV, 30). Faites en sorte que votre personne irradie toujours la dignité du fait d'être épouse du Christ, exprime la nouveauté de l'existence chrétienne, et l'attente sereine de la vie future. Ainsi, par votre vie droite, vous pourrez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en effet, est un rappel du caractère transitoire des réalités terrestres et une anticipation des biens à venir. Soyez des témoins de l'attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s'abandonne à l'amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s'identifie en effet avec cette épouse qui, avec l'Esprit, invoque la venue du Seigneur : « L'Esprit et l'épouse disent viens ! » (Ap 22,17).
7. En vous quittant, je vous confie à Marie. Et je fais miennes les paroles de saint Ambroise, le chantre de la virginité chrétienne, en vous les adressant : « Qu'en chacun il y ait l'âme de Marie pour magnifier le Seigneur ; qu'en chacune de vous soit l'esprit de Marie pour exulter en Dieu. S'il y a une seule mère du Christ selon la chair, selon la foi cependant, le Christ est le fruit de tous, puisque toute âme reçoit le Verbe de Dieu si, immaculée et dépourvue de vices, elle garde la chasteté avec une pudeur irréprochable » (Commentaire sur saint Luc 2, 26: PL 15, 1642).
C'est avec ce souhait que je vous bénis de tout cœur
© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican
Traduction réalisée par Zenit

Comprendre le mystère de la virginité dans l’Eglise, par Mgr Follo

Comprendre le mystère de la virginité dans l’Eglise, par Mgr Follo
Mgr Francesco Follo est observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO sur la virginité de l'Église et de tout baptisé.
Le congrès a réuni, à Rome, du 14 au 20 mai 2008, quelque 500 femmes consacrées à Dieu au cœur du monde, venant de 52 pays.
« Une vocation qui aide à comprendre le mystère de la virginité dans l'Église »
Au cœur du discours du Saint-Père aux participantes du congrès de l'Ordo Virginum sur le thème « virginité consacrée dans le monde, un don pour l'Église et dans l'Église », le 15 mai 2008, il les a notamment invitées à saisir le mystère et la tendresse que chacune porte en elle.
Le mot « tendresse » est à comprendre non pas comme une douce attitude de Dieu envers sa créature, mais surtout comme la capacité de Dieu à accueillir la personne humaine dans la totalité de ses « facteurs », dans l'intégralité de son être, qui est exigence de vérité, de justice, d'amour, de beauté, de vie authentique. En bref, nous pourrions dire avec saint Clément d'Alexandrie: « Dans sa mystérieuse divinité, Dieu est Père. Mais sa tendresse pour nous le fait devenir mère ».
C'est donc une invitation à prendre conscience du fait que les vierges consacrées sont appelées à vivre leur vocation pour aider à comprendre le mystère de la virginité de l'Église.
Saint-Augustin d'Hippone s'est exprimé en ces termes: « Le Christ a façonné l'Église comme une vierge. Dans la foi, elle est vierge. Selon la chair, elle n'a qu'un petit nombre de vierges vouées à Dieu, mais selon la foi, elle doit avoir tous [les baptisés] comme vierges, hommes et femmes » (Discours 213, 7, PL 38, 1064).
Ce qui doit rester vivant dans l'intégrité de la foi, gardée fidèlement chez les chrétiens, par la puissance de la grâce du baptême, devient aussi intégrité physique dans certaines personnes choisies, et ceci parce que l'Église naît du sein virginal de la Mère de Dieu. Et le pape Léon le Grand a dit: « C'est d'une façon nouvelle qu'est venu au monde celui qui voulait apporter au corps des hommes le don nouveau de la pureté immaculée. La virginité, qui, chez les hommes, ne peut rester intact dans la naissance, doit devenir une fin à imiter dans la re-naissance » (Prédication de Noël 2,2, PL 54, 195 ss).
A partir de l'incarnation de Dieu et de la grâce du baptême, fleurit cette race sainte dont l'Église dit, dans le Pontifical romain: « Tout en protégeant la bénédiction nuptiale, qui découle de l'état matrimonial, il doit y avoir des âmes plus nobles qui renoncent à la communauté physique de l'homme et de la femme, et tendent au mystère que le mariage contient pour donner tout leur amour au mystère indiqué par le mariage, en se consacrant à Celui qui est époux et fils de la virginité éternelle » (pp. 146-147).
C'est en ceci que consiste le bonheur éternel:que nous, pauvres enfants d'Ève, nous sommes devenus enfants de cette vierge qu'est l'Église, qu'en elle nous possédons de façon sûre la vérité du Christ, qu'en elle nous devenons saints et immaculés pour le jour où le Seigneur viendra.
C'est pourquoi, quelle que soit notre profession de foi dans cette Église, c'est à l'honneur de la Vierge Marie, c'est pour l'amour de la Mère de Dieu, et une profession de foi de la vierge Église.
C'est en effet en Marie que l'Église est devenue mère de Dieu virginale. C'est-à-dire que ce qui a été donné à Marie selon la chair, l'Église le possède selon l'esprit, et les vierges consacrées en deviennent les témoins qualifiées et maternelles. De fait, sainte Thérèse d'Avila aimait à répéter que ce n'est pas absence de désir, mais intensité de désir, et à la lumière de ces paroles on comprend cette affirmation: « La Madone a été mère parce que vierge ».
Et c'est en quelque sorte le développement de ce que saint Paul a écrit aux Corinthiens: « Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure. Elle est vierge dans l'intégrité de l'esprit, dans la plénitude de l'amour, dans la concorde de la paix » (2 Cor 11, 2-3)

16 juin 2009

Témoignage de Laurence



Le journal "Paris Notre-Dame" du 11 juin 2009 a publié le témoignage de Laurence, consacrée le 7 juin à Saint-Etienne-du-Mont (Paris 5e).
(Cliquez sur l'image pour la visualiser en grand format)

3 juin 2009

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Ce blog est destiné à donner des informations et partager les actualités des Vierges consacrées.