14 décembre 2009

Méditation sur l'Avent à partir du tympan de Vézelay

LA CRÈCHE DANS UNE MICHE DE PAIN

Comme la femme porte l’enfant à naître, l’humanité porte la Vie du Christ. Dieu en attend la naissance mais c’est au bon vouloir de l’humanité, son épouse enceinte de lui, en-sainte de sa vie. A cette fin il la porte lui-même sur ses épaules pour qu’elle ne se fatigue pas, ne trébuche pas, qu’elle ne fasse pas de fausse couche. Humanité porteuse, humanité portée !

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Le cantique spirituel de Jean de la Croix

Pas de plus beau langage que celui de l'amour...
Pas d'autre réalité que celle de l'amour. Tout le reste s'attache à cela : AIMER, pas de mots, mais pour de vrai !


Pour lire ce cantique en version originale avec sa traduction et ses commentaires, cliquez sur le titre de cet article !!!!

Le cantique spirituel

1 Où t’es-tu caché ami
tu m’as laissé pleurer
comme le cerf tu as fui
après m’avoir blessée
après toi j’ai crié
mais tu étais parti

2 Bergers quand vous irez
là-haut dans vos bergeries
oh si vous rencontrez
celui que je chéris
dites-lui que je languis
je peine je meurs pour lui

3 En cherchant mes amours
j’irai par les monts les rivages
je ne cueillerai pas de fleurs
je n’aurai pas peur des bêtes sauvages
je passerai les barrières
et toutes les frontières

4 Oh forêts et fourrés
plantés par la main de l’ami
oh verdures et prés
émaillés et fleuris
oh dites-moi surtout
s’il est passé parmi vous

5 Il a versé mille grâces
en traversant les bois
rien qu’en les regardant
de son visage à chaque fois
sur chaque feuille il a laissé
un habit de beauté

6 Ah qui me guérira
donne-toi enfin pour de vrai
et s’il te plait ne m’envoie pas
d’autres messagers désormais
ils ne savent pas me dire
les mots que je désire

7 Car tous ceux qui te cherchent
de toi mille grâces inventent
oh oui tous ils me blessent
ils me laissent mourante
d’un je ne sais quoi
qu’ils balbutient de toi

8 Oh ma vie qui vis sans vivre
comment peux-tu tenir
les flèches qui t’arrivent
devraient te faire mourir
de tous ces rêves qu’en toi
de l’amour que tu conçois

9 Pourquoi ne pas guérir
ce cœur puisque tu l’as meurtri
oh pourquoi le laisser souffrir
puisque tu l’as ravi
et pourquoi ne pas emporter
ce que tu as volé

10 Apaise mes chagrins
car personne ne peut les chasser
et que mes yeux te voient enfin
car tu es leur clarté
car je ne veux plus avoir
des yeux que pour te voir

11 Découvre-moi ta présence
que la vue de ta beauté me tue
tu sais bien la souffrance
de l’amour sans issue
sinon par la présence
sinon par l’évidence

12 Oh source cristalline
si tu formais soudainement
les yeux que j’imagine
dans tes reflets d’argent
ces yeux que j’ai dessinés
dans mon intimité

14 En mon aimé j’ai les collines
les vallées solitaires les bois
l’étrangeté des îles
les fleuves au grand fracas
et le doux sifflement
amoureux des vents

16 Les renards chassez-les
car déjà la vigne bourgeonne
et bientôt des rosiers
nous tresserons des couronnes
et que nul ne chemine
au milieu des collines

17 Vent du nord fais le mort
et toi vent du sud viens
toi qui rappelles l’amour
souffle dans mon jardin
que l’aimé prenne son repas
sous les lilas

18 ô filles de Judée
tandis que les parfums
embaument dans les rosiers
les lys et les jasmins
restez dans les faubourgs
n’entrez pas dans nos cours

19 Cache-toi mon ami
dirige-toi vers les montagnes
et qu’il n’en soit rien dit
mais n’oublie pas les compagnes
de celle qui voyage
sur d’étranges rivages

20 Et vous légers oiseaux
lions cerfs et daims bondissants
montagnes vallées rives d’eau
mers et vents ardents
et vous craintes et veilles
des nuits sans sommeil

21 Par les lyres jolies
et le chant des sirènes
oh je vous en supplie
que s’arrêtent vos haines
et que l’épouse repose
en une nuit bien close

22 Et l’épouse est entrée
dans le doux jardin désiré
elle repose à son gré
sa tête est appuyée
sur les bras tendrement
de son amant

23 Au pied du pommier
avec moi je t’ai fiancée
ma main je t’ai donnée
et là je t’ai restaurée
dans ta primitive beauté
là où ta mère fut violentée

24 Notre lit est fleuri
entouré de cavernes de lions
tout de pourpre embelli
dans la paix et dans l’abandon
notre lit est couronné
de mille boucliers dorés

25 A la recherche de tes traces
les filles courent sur le chemin
dans les lueurs qui s’effacent
dans les arômes du vin
sous la touche des parfums
de ton baume divin

26 J’ai bu dans le cellier secret
de mon aimé mais quand
je suis sortie je ne savais
plus rien de tout ce camp
j’avais perdu le troupeau
que je menais à l’enclos

27 C’est là qu’il m’a offert
son cœur et qu’il m’a enseignée
et à lui toute entière
moi je me suis donnée
là je lui ai juré
d’être son épouse à jamais

28 J’ai consacré mon âme
et tout mon bien à son service
je ne garde plus de troupeau
non je n’ai plus d’autre office
je n’ai plus d’autre entraînement
que l’amour seulement

29 Ainsi donc sur les prés
si personne ne me voit plus
c’est que l’amour m’a emportée
dites que je suis perdue
oui j’ai voulu m’égarer
et je me suis trouvée

30 De fleurs et de joyaux
choisis au petit jour
nous tresserons des cordeaux
fleuris dans ton amour
j’y glisserai un de mes cheveux
en motif amoureux

31 C’est par ce seul cheveu
que je t’ai capturé
il volait sur mon cou
et toi tu me regardais
et tu es resté prisonnier
et dans mes yeux tu t’es blessé

32 Quand tu me regardais
tu me donnais ta beauté
c’est pourquoi tu m’aimais
et pour toi j’avais mérité
ce que je voyais déjà
en toi

33 Mais ne va pas me mépriser
même si je suis décolorée
tu peux encore me regarder
car toujours tu m’as regardée
et ton regard m’a laissé
la grâce et la beauté

34 Oh la colombe est revenue
avec un rameau d’olivier
la tourterelle a été vue
sur les rives argentées
elle a enfin trouvé
son compagnon tant désiré

35 En solitude elle vivait
elle nichait en solitude
et seul à seule son aimé
la guide en solitude
en solitude lui aussi
par l’amour est meurtri

36 Ah jouissons l’un de l’autre ami
allons nous voir en ta beauté
sur la montagne d’où jaillit
l’eau dans sa pureté
dans les fourrés pénétrons
encore plus profond

37 Et après nous irons
dans les cavernes élevées
sous ces hautes voûtes qui sont
si bien cachées
et là nous entrerons
pour goûter le fruit des saisons

38 Là tu me montrerais
ce que mon âme désirait
oh toi qui es ma vie
aussitôt tu me donnerais
ce que tu m’as déjà donné
un jour passé

39 Le souffle de l’air
le chant du rossignol
le bocage et la terre
la nuit sans parole
la flamme qui consume
sans aucune amertume

40 Et nul ne regardait
l’ennemi avait déserté
le siège s’apaisait
et tous les cavaliers
à la vue des eaux lentes
poursuivaient leur descente


Jean de la Croix est un saint et mystique espagnol. Son nom de naissance est Juan de Yepes, il est né à Fontiveros en 1542 et mort au couvent d'Ubeda en 1591. Il a réformé la branche masculine du Carmel, en développant l'ordre des carmes déchaussés. Il fait partie des grands mystiques espagnols du XVIe siècle, au même titre que Thérèse d'Ávila, dont il fut d'ailleurs le confesseur et l'ami. Tous deux sont au nombre des docteurs de l'Église. Il a été béatifié en 1675, canonisé en 1726 et proclamé docteur de l'Église en 1926.